Moustapha Salma Ould Sidi Mouloud, une conscience sahraouie

Moustapha Salma Ould Sidi Mouloud décide de rentrer dans les camps de TindoufLa vie de Moustapha Salma Ould Sidi Mouloud est une succession de ruptures et de voyages forcés. Un destin atypique. Encore enfant, il va être contraint à l’exil dans des campements de fortune installés à Tindouf, une région inhospitalière du désert algérien. Mais 30 ans plus tard, il retournera dans sa terre natale, dans le sud du Maroc, pour retrouver son père de qui il a été séparé durant ces décennies d’exil forcé. Pourtant, là aussi il ne s’éternisera pas…
En 1968, Moustapha Salma Ould Sidi Mouloud voit le jour dans la ville de Smara, dans le Sud du Maroc, où il fera ses premiers pas et ira à l’école primaire. A cette époque, les affrontements font rage entre les FAR et les colonnes du Polisario, soutenues par l’Algérie. Il avait à peine 11 ans lorsqu’il a été enlevé avec sa mère, ses frères et sœurs lors de l’attaque du Polisario contre Smara le 6 octobre 1979. De cet épisode, il garde un souvenir douloureux : « Ce jour là, on a laissé mon père blessé, notre foyer en ruines et 4 membres de ma famille tués, dont deux de mes sœurs et un enfant ».
Arrivé dans les campements de Tindouf, il sera soumis à un endoctrinement en règle avant d’être envoyé en Libye, puis en Algérie où il obtient un diplôme d’officier de l’école de police d’Alger en 1991.
Cette formation à l’école de police d’Alger va lui permettre d’occuper plusieurs postes de responsabilité dans la hiérarchie du Polisario à Tindouf. Il sera notamment directeur central de la sûreté publique et des investigations, secrétaire général de la police, avant d’être nommé Inspecteur général de la police.
Des responsabilités que Moustapha Salma va assumer consciencieusement, sans toutefois réussir à se débarrasser d’un questionnement intérieur qui n’arrêtait pas de le tourmenter. Quel espoir donner à ces milliers de sahraouis, parqués dans le désert depuis plus de 30 ans, et vivotant de l’aide internationale ? Il ne doutait plus des réelles motivations qui poussaient la direction du Polisario à bloquer tout règlement de la question du Sahara Occidental. De par ses fonctions officielles, Moustapha Salma était évidemment au courant du rôle d’Alger dans cet entêtement. Mais c’est finalement sa profonde conviction que, dans cette affaire du Sahara, les généraux algériens ont à l’œil davantage leur agenda régional que les intérêts des Sahraouis, qui va le décider à franchir le pas. Un pas d’autant plus décisif pour lui qu’il se sent de plus en plus proche des perspectives ouvertes par le Plan d’autonomie duu Sahara proposé par le Maroc. Il était désormais convaincu que ce Plan était la solution la plus appropriée pour sortir de ce conflit qui n’arrêtait pas de s’enliser.
Revenu au Maroc dans le cadre d’une visite familiale pour voir son père Selma Sidi Mouloud, Cheikh de la tribu R’guibat et notable de la ville de Smara, Mostapha Selma déroule le film de ces trente dernières années. « On a été forcé de vivre dans la séparation pendant plus de trois décennies », commente-t-il amer, en regrettant que ce soit « le cas pour la majorité des familles sahraouies depuis 1975 ».
Le retour de Moustapha Selma a donné du baume au cœur à nombre de ses compatriotes qui avaient fui les camps de Tindouf au cours des derniers mois. Surtout les jeunes, rassurés par ce geste qui a valeur de symbole de la part d’un responsable du Polisario comme Moustapha Salma.
Aujourd’hui, Moustapha Salma a décidé de retourner dans les camps de Tindouf, en territoire algérien, en sa qualité de cadre sécuritaire du Polisario . Il compte y prêcher le Plan d’autonomie non seulement auprès des simples habitants, mais également auprès des responsables du mouvement séparatiste.
« A mon retour aux Camps, je raconterai à ma famille et à ma tribu ce que j’ai vu et appris au Sahara. Durant les deux mois de mon séjour au Maroc, j’ai pu constater de visu l’énorme progrès des villes sahariennes, les grands efforts d’urbanisation de la région et l’intégration des sahraouis dans tous les aspects de la vie quotidienne ».

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